Le cancer et la dénutrition
Qu’est-ce que la dénutrition ?
La dénutrition est un état connu depuis l’antiquité mais dont la définition a beaucoup évolué. Si elle est souvent associée à la famine dans la représentation collective qu’on s’en fait, elle peut en réalité toucher un grand nombre de personnes, même dans nos sociétés occidentales. En France, on estime qu’environ 2 millions de personnes en sont atteintes, en particulier les personnes âgées ainsi que les personnes atteintes de pathologies chroniques telles que le cancer.

Dans sa définition la plus récente, la dénutrition est perçue comme un état de déséquilibre nutritionnel résultant d’un déficit d’apport en énergie et/ou en protéines, une augmentation des dépenses énergétiques, une augmentation des pertes énergétiques et/ou protéiques ou d’une combinaison de ces trois facteurs.
Ceci se traduit par des effets néfastes sur les différents organes et une altération des fonctions corporelles.
pourquoi le risque de dénutrition augmente-t-il au cours du cancer ?voir plus
Les raisons de la mise en place de la dénutrition pendant le cancer sont de plusieurs ordres.
Il faut tout d’abord considérer certains paramètres qui sont indépendants de la maladie cancéreuse et qui peuvent toucher la population générale : un âge avancé, un état dépressif, un isolement ou des difficultés socio-économiques, un mauvais état bucco-dentaire ou toute autre pathologie chronique préexistante.
Elles peuvent être directement liées à la tumeur. Par exemple, la localisation de certaines tumeurs peut mécaniquement ou physiologiquement avoir un impact sur la capacité à s’alimenter, à digérer ou à absorber les nutriments. C’est par exemple le cas des cancers de la tête et du cou, de l’estomac ou du pancréas. D’autres facteurs indirectement liés à la maladie peuvent aussi entrer en jeu : les douleurs, l’anxiété ou la fatigue.
Certains traitements du cancer augmentent également le risque de dénutrition par leurs effets indésirables : nausées et vomissement, diarrhées, constipation, mucites (ulcérations des muqueuses digestives). La prise de certains traitements s’accompagne également d’une fonte musculaire. Les effets locaux de la radiothérapie ou de la chirurgie peuvent également être impliqués dans une diminution de la capacité à s’alimenter.
Enfin, les interactions entre le corps et le cancer peuvent entrainer un syndrome inflammatoire et des désordres métaboliques qui favorisent le développement de l’anorexie et une fonte des muscles et potentiellement de la graisse. C’est notamment ce syndrome appelé « cachexie cancéreuse » qui justifie que les besoins nutritionnels et les apports recommandés soient plus importants en cas de cancer.
quels sont les apports nutritionnels recommandés en cas de cancer ?voir plus
Il existe une grande hétérogénéité concernant les besoins nutritionnels des patients atteints de cancer et ceux-ci sont difficilement prédictibles. Il existe des méthodes spécialisées pour les déterminer mais celle-ci sont peu courantes. Ce sont donc des recommandations générales, émises par les sociétés savantes, qui sont utilisées pour guider la prise en charge nutritionnelle et qui doivent être adaptées en fonction de l’évolution.
En ce qui concerne les apports caloriques, en première intention, ils ne diffèrent pas des apports recommandés pour la population en bonne santé. En effet, même si une élévation du métabolisme de base est fréquemment constatée, la diminution de l’activité physique équilibre les besoins en énergie. En fonction des sociétés savantes, les recommandations sont de 25 à 35 kcal/kg/jr.
En population générale, les recommandations pour les apports protéiques sont d’environ 0,8 g/kg/jr. En revanche, en cas de cancer, la fourchette de recommandations est bien plus large allant de 1,2 g/kg/jr jusqu’à 1,5 g/kg/jr voire 2 g/kg/jr.
La prise de tout complément alimentaire vitaminique ou à base de plante doit être signalée à votre médecin.
comment savoir si je suis dénutri ?voir plus
Le signal majeur qui doit vous alerter est la perte de poids. En effet, cette perte de poids, même en situation initiale de surpoids ou d’obésité, est principalement la conséquence d’une diminution de la masse musculaire. Il est donc recommandé de vous peser régulièrement et d’alerter votre équipe médicale si vous constatez que vous perdez du poids. Même des pertes de poids que vous jugez insignifiantes peuvent être révélatrice d’une dénutrition. Par exemple, perdre 3 kg en un mois est déjà un signe de dénutrition.
D’autres symptômes doivent également vous alerter : une diminution de l’appétit, de la fatigue, une sensation de faiblesse.
Dans ce cas, n’hésitez pas à en parler à votre équipe soignante (infirmière, médecin…) qui posera un diagnostic et initiera une prise en charge ou qui vous orientera vers un diététicien ou un médecin nutritionniste pour un avis spécialisé.
quelles sont les conséquences de la dénutrition ? voir plus
Au cours de la pathologie cancéreuse, la dénutrition est un facteur de mauvais pronostic, qu’elle soit évaluée dans sa globalité ou au travers de ses composantes distinctes comme de la perte de poids, de l’insuffisance pondérale ou de l’insuffisance de masse musculaire.
Dans le cadre d’une intervention chirurgicale, elle entraine une augmentation du risque de complications post-opératoires comme des infections et allonge la durée d’hospitalisation nécessaire.
En cours de chimiothérapie, elle augmente la fréquence et l’intensité des effets indésirables et augmente le risque de modifications ou d’interruption prématurée du traitement.
Enfin, elle contribue globalement à amplifier l’altération de la qualité de vie et augmente le risque d’échec de la prise en charge médico-chirurgicale.
Ainsi, le maintien de l’état nutritionnel est un enjeu majeur.
comment est prise en charge la dénutrition en cas de cancer ?voir plus
Quelque soit l’ampleur de la dénutrition, la prise en charge de la dénutrition consiste toujours à identifier les facteurs qui favorisent son apparition et à les traiter si c’est possible (troubles digestifs, état bucco-dentaire, douleur…) afin de favoriser le rétablissement de la capacité à s’alimenter.
Si les symptômes sont insuffisamment atténués ou si les besoins énergétiques et protidiques sont si élevés qu’il devient impossible de les couvrir par le biais d’une alimentation traditionnelle, plusieurs niveaux d’intervention sont possibles :
En première intention, en cas de dénutrition modérée, il pourra être conseillé d’adopter une alimentation enrichie dans le but d’augmenter la densité des repas, c’est-à-dire leur contenu en énergie et protéines sans en augmenter les volumes. Par exemple, il est possible de rajouter de la crème, du beurre ou n’importe quelle huile de cuisine à vos préparations pour en maximiser la densité en lipides. En ce qui concerne les protéines, il est possible d’ajouter du fromage, des œufs, des dés de jambon ou de volaille. Enfin, sur avis médical, il est possible d’avoir recours à des poudres de protéines.
En cas d’échec de l’enrichissement, c’est-à-dire si la perte de poids persiste, il sera possible, toujours sous avis médical d’utiliser des compléments nutritionnels oraux (CNO). Ces produits de santé sont des denrées alimentaires destinées à des fin médicales spéciales qui sont destinées à venir compléter les apports nutritionnels spontanés mais pas s’y substituer. Il en existe de nombreuses sortes : boissons lactées, crèmes, yaourts, jus de fruit, biscuits, potage etc… Si la variété des produits disponibles permet de varier les prises et améliorer l’observance sur le long terme, leurs valeurs nutritionnelles peuvent différer d’un produit à l’autre. Il est donc primordial de choisir les produits qui vous plaisent mais aussi qui couvrent les objectifs nutritionnels posés par l’équipe soignante. Le pharmacien et le diététicien sauront vous aider à trouver les produits qui vous conviennent.
Quelques conseils de prise des compléments nutritionnels oraux :
- Agiter avant ouverture
- Une fois ouvert à conserver au réfrigérateur pendant 24 heures maximum.
- Ceux-ci ne venant pas remplacer un repas, ils doivent être consommés au minimum 1h30 avant le prochain repas ou juste après un repas.
D’une manière générale les CNO sont à prendre frais mais certaines recettes peuvent être réchauffées au micro-onde (aromes salés, aromes type café ou moka…) en veillant à ce que le produit ne boue pas car cela dégraderait sa qualité.
Enfin il est possible de cuisiner avec certains CNO comme ceux au goût neutre qui peuvent enrichir une soupe ou un dessert.
Lorsque les CNO ne sont pas suffisants pour atteindre les objectifs nutritionnels ou dans certains cas particuliers, il possible qu’il faille installer une sonde pour que l’alimentation puisse être administrée par voie entérale, c’est-à-dire directement dans l’estomac ou l’intestin. Dans le cas où la durée prévisionnelle de recours est limitée dans le temps, l’introduction de la sonde se fera préférentiellement par le nez. Pour des durées plus longues, il est possible de prévoir une petite intervention chirurgicale afin de passer la sonde directement dans l’estomac ou l’intestin à travers la peau. Il est tout à fait possible de continuer à manger ce qui vous fait plaisir même quand la sonde est en place. Elle sera retirée quand l’équipe médicale estimera qu’elle n’est plus nécessaire.
Enfin, en cas d’échec ou dans d’autres cas spécifiques, il est possible d’administrer la nutrition par voie intra-veineuse. Cette nutrition, dite « parentérale » nécessite de prendre des précautions pour éviter le risque infectieux. De même, hormis contre-indication expresse de votre équipe médicale, il reste possible de s’alimenter par voie orale.
jeûne et cancer voir plus
Le jeûne thérapeutique peut être largement mis en avant dans les médias ou les réseaux sociaux. Malgré des résultats encourageants chez l’animal et dans les populations en bonne santé, notamment en ce qui concerne la longévité, il n’est à ce jour pas possible de recommander cette pratique faute de preuves suffisantes. De plus, ce jeûne expose à un risque de dénutrition et de déshydratation.
Article réalisé à partir du webinaire « Cancer et nutrition » en collaboration avec
le Dr Diana Cardenas, médecin praticienne des CLCC – Service de nutrition, Gustave Roussy
responsable de l’espace éthique de la société francophone de nutrition clinique et métabolique (SFNCM)
Et Philippe Mougin, président et cofondateur de NutriViecancer, observatoire du vécu des patients en nutrition cancer
avec le soutien de Danone – Nutricia
WEBINAIRES GPS CANCER
Webinaire de juillet 2025 avec l’intervention du Dr Diana Cardenas, médecin praticienne des CLCC, service de nutrition, Institut Gustave Roussy et responsable de l’espace éthique de la société francophone de nutrition clinique et métabolique (SFNCM), et de Philippe Mougin, président-cofondateur de nutriviecancer, obersvatoire du vécu des patients e nutrition cancer.
Webinaire de décembre 2024 : A l’approche des fêtes, Philippe Pouillart, enseignant chercheur en pratique culinaire et restauration, accompagné d’Anne-Sophie Engasser, diététicienne de l’association Onco-Partage, vous ont mijoté un menu spécial Fêtes … Déclinaison de burger enfantin, Tatziki aromatique à la dorade et Dessert aux figues !
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